RDC-30 juin : Dans un discours (conflictogène), Félix Tshisekedi rompt douloureusement avec Kamerhe, et promet le pire au FCC

Par Edmond Izuba

A peine une année à la tête du pays, le Président de la république démocratique du Congo affiche bien des ambitions à la dimension de ce pays-continent. Le Chef de l’Etat aura effectivement, dans son discours inédit, appuyé sur l’accélérateur : Etat de droit, pour faire développer le pays contre vents et marées. Vêtu dans son costume de Père de la nation, le chef ne veut plus trainer sur le quai. Pour cette nouvelle fête de l’indépendance, le discours du chef de l’Etat reflète aussi les mésententes vécues au sein la coalition FCC-CACH, et répond publiquement de manière indirecte, sans épingler les individus, aux nombreux points qui ont constitué le blocage. Des avertissements aussi aux proches de Joseph Kabila, ancien chef de l’Etat, et soutient la justice rendue dans le cadre du procès 100 jours où son directeur de cabinet a été condamné à des peines maximales.

Pour l’Etat de droit, la ligne du combat politique lui tracée par son feu père, Etienne Tshisekedi Wa Mulumba, le procès 100 jours diffusé à longueur des journées sur la Radio-Télévision Nationale Congolaise (RTNC) serait déjà un test réussi pour poursuivre les autres. 

«Je souhaite que l’expérience douloureuse révélée au cours du procès en rapport avec le Programme des 100 jours tourne définitivement la page de la longue série de projets et programmes qui, à travers l’histoire, ont donné lieu à d’importants coulages des ressources publiques en toute impunité», a déclaré Félix-Antoine Tshilombo. Ce vaste programme d’urgence de 100 jours était bel et bien piloté par son directeur de cabinet et son Ex. directeur de campagne électorale, Vital Kamerhe, patron de l’Union pour la Nation Congolaise et ancien président de l’assemblée nationale. Vital Kamerhe qui compte aux yeux de Félix Tshisekedi comme un allié politique de premier rang, mais condamné à une peine de 20 ans de travaux forcés et frappé d’inéligibilité et de droit de vote d’au moins 30 ans. Il était également prévu, selon les accords signés à Naïrobi au Kenya, que Félix Tshisekedi soutient la candidature de son allié à la présidentielle de 2023.  

Le président Félix a aussi manifesté la volonté de scruter le passé à travers une branche importante de l’Etat de droit : lutte contre l’impunité. Cette fois-ci c’est la gestion du gouvernement d’Augustin Matata Ponyo qui est pointée du doigt. L’ancien premier de Joseph Kabila (2012-2016) a eu à conduire des projets qui ont bouffé des millions à la république, mais des projets se sont révélés à la fin comme des véritables éléphants blancs au regard des critiques nombreuses de l’opinion.

« Je pense notamment au Projet de Bukangalonzo, aux multiples cessions d’actifs miniers, aux projets de construction d’infrastructures routières, aéroportuaires et j’en passe. Le défi du Congo, le défi du peuple congolais, c’est de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. A tout prix, nous devons y parvenir et nous allons y arriver», soutient le président Tshisekedi.

D’autres proches de Kabila visés

Le chef de l’Etat reste verbalement intransigeant vis-à-vis de certains députés FCC. Le récent débat sur les réformes judiciaires n’a pas échappé à Rangers (ancien pseudonyme de Félix Tshisekedi) au pays, œuvre de deux députés du FCC, Aubin Minaku et Garry Sakata, famille politique de Joseph Kabila. Ces réformes sont vues aux yeux de Tshisekedi comme celles qui viennent porter atteinte aux fondamentaux de l’Etat de droit.

«… je n’accepterai sous aucun prétexte des réformes dans ce secteur qui, par leur nature et contenu, viendraient porter atteinte à des principes fondamentaux régissant la justice tels que prévus dans notre Constitution, notamment l’indépendance du pouvoir judiciaire du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif, le pouvoir régalien de nomination des magistrats, la gestion du pouvoir judiciaire confiée au Conseil supérieur de la Magistrature et bien d’autres », a-t-il déclaré.

Une seconde chance…  

Dans un ton de regret, mais pas d’abandon, le président Fatshi démontre que ses efforts inlassables pour dresser le gouvernement vers le droit chemin auront été vains.

«Pour assurer la réussite du Programme du Gouvernement, je n’ai cessé d’exhorter ses membres et mes concitoyens à œuvrer à la restauration de l’Etat de droit, afin d’accélérer les flux d’investissements privés, qu’ils soient internes ou externes, ainsi que pour maximiser la mobilisation des recettes fiscales, pierre angulaire des ressources publiques », note le chef de l’Etat.

Un discours rempli de bonnes intentions auxquelles les congolais sont habitués, seules les actions d’envergure sur les nombreuses et innombrables matières développées dans un discours de 25 pages  pourront réaliser le vrai changement tant attendu.

Président fragile ?

Le président Félix s’est montré négociant ou soit pleurnichard durant sa première année à la tête du pays. Aucune initiative ne lui réussit sans faire recours à Joseph Kabila et son FCC, majoritaire dans toutes les institutions de la république outre l’institution Président de la république. Beaucoup de congolais se rappellent, comme si c’était hier, du blocage des ordonnances présidentielles à la Gecamines et à la Société Nationale de Chemin de Fer (SNCC). Bloquées par un simple ministre de portefeuille, ces ordonnances sont entrées en vigueur une année plus tard, après qu’il ait discuté des modalités de répartition de toutes les entreprises publiques avec son allié Joseph Kabila. Pleins d’autres blocages limitent les marges de manœuvres du chef dans la prise des décisions.

Il y en est de même pour l’Etat de droit auquel le président  fait allusion. Ce pilier important du régime Tshisekedi pour faire asseoir la démocratie, est constamment bafoué les faucons de Joseph Kabila qui constituent jusqu’aujourd’hui une race des intouchables. Plusieurs mandats d’amener contre les membres de la famille politique de l’ancien Chef de l’Etat pourrissent dans les tiroirs de la justice congolaise.