Entre réparation et restauration: un nouveau contentieux Belgo-Congolais ? (Tribune du Prof Fidèle Ayu Lumeya)

Par Serge Mavungu

Depuis la remise en question de la part de Bruxelles, de son passé colonial, tel que s’est exprimé le Roi des Belges dans son message adressé au Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi à l’occasion de la célébration de soixante ans de l’indépendance de la RDC, les Congolais sont décidés de regarder cette période noire de notre relation avec le Royaume de Belgique afin de voir ce qu’il faut réparer.

Pour le Professeur d’université Fidèle Ayu Lumeya, chercheur des mécanismes traditionnels  Congolais des transformations des conflits et Justice  Restauration, la partie qui demande la réparation doit s’assurer que celle-ci rencontre un consensus national et qu’elle n’est pas faite à la va vite.

Voici in extenso la tribune du Professeur Fidèle Ayu Lumeya

Introduction

De plus en plus des voix se lèvent   parmi les Congolaises et Congolais, celles et ceux vivant au pays et de la diaspora. Ce débat tourne autour  de la réparation que le Royaume Belge doit faire au Congo à la suite de la déshumanisation du pays et de ses  habitants. Plusieurs parlent des injustices commises pendant la colonisation. En guise de rappelle en 1885, le Rois de Belges connu sous le nom de Léopold II avait décidé pour des raisons Humanitaires de faire de la RD Congo sa propriété privée pour ensuite la vendre à la Belgique pour enfin la coloniser.

Le Congo eût son Indépendance, le 30 Juin 1960, c’est-à-dire, trois générations de colonisation (1885-1960).

Depuis lors les relations entre l’ancienne métropole et l’ex-colonie sont tumultueuses. Au nom de l’émancipation, l’élite Congolaise  refuse que la Belgique s’immisce dans sa politique et exige de la Belgique réparation.

Si au travers des canaux diplomatiques les sapeurs-pompiers éteignent le feu et s’accommodent, au nom de l’amitié Belgo-Congolaise la demande de  réparation reste à la fois officielle au même moment non officielle. Elle reste du domaine des impulses des élites politiques. Les cas le plus connus est celui appelé « Le contentieux Belgo-Congolais » qui en réalité était un jeu de la souris et du chat. Le Président Mobutu faisait surgir ce cas selon ses humeurs.

Le message du Roi de la Belgique, reconnaissant les préjudices causés au peuple congolais pendant l’époque coloniale, adressé au Chef de l’État, le 30 juin 2020, lors de la commémoration de 60 ans de l’indépendance de la RDC est considéré comme la goutte qui a fait déborder le vase.

Il faut par ailleurs souligner que la relation entre le Congo et la Belgique est comparable à un couple riche condamné à vivre ensemble car les intérêts vitaux de l’un sont liés à ceux de l’autre.

L’investissement de la Belgique au Congo n’est pas que financier mais bien plus socio-culturel, politique et diplomatique pour ne citer que le quatre. Il y a des couples Belgo-Congolais avec de  grands enfants entre le deux rives de l’Atlantique.

Sur le plan social, il existe un échange culturel très tangible entre les deux pays qui se matérialise par la présence des églises congolaises en Belgique.

A côté de celle-ci, il y a des échanges sut le plan artistique notamment la musique; les arts plastiques et culinaires.

L’existence d’un quartier dit Matonge au cœur de la Capital Belge, en est également une grande illustration. Matonge est l’un des quartiers  chauds de  Kinshasa, comparable à un centre où les cultures du monde se côtoient.

Le  Président de la République démocratique du Congo, Félix Antoine Tshisekedi vient de relancer et de réchauffer le lien politique et diplomatique entre les deux pays. 

Parlant de cet aspect  dans son discours du 30 Juin 2020, le Chef de l’Etat qui a vécu une partie de sa jeunesse en Belgique appelle la Belgique son « autre » Congo. 

Et pourtant, ce lien s’était refroidi tout au long des dix-huit de règne de Joseph Kabila.

Développement

De la Réparation,

A. C’est quoi,

B. Qui répare et demande réparation.

C. La réparation de qui,

D. Réparation ou

E. Réparation de quoi,

F. Réparation quand,

G. Réparation comment,

H. Réparation et restauration la différence.

A. Définition : réparation c’est quoi ?

La Réparation selon Larousse se définit selon l’entendement de son utilisateur. Il signifie réparer, dédommager ou encore etc…

1. action de réparer quelque chose 

2. dédommagements d’un préjudice par le responsable

3. correction d’une erreur ; d’une négligence ; rectification d’un oubli

4. fait de se rétablir en parlant d’un organisme

B. Réparation : Le quid de la Réparation. C’est quoi la réparation

Il signifie plusieurs choses selon plusieurs contextes notamment quand il est utilisé comme adverbe. Réparation signifie remettre à quelqu’un ce qui a été détruit en lui tel dans la réparation du dommage corporel. Réparation touche aussi le domaine matériel comme dans la réparation matérielle, il est aussi utilisé dans le domaine moral comme dans la réparation du dommage moral etc. Remettre quelqu’un ou à quelqu’un ce qui lui appartiendrait antérieurement. Ainsi la réparation a plus avoir avec l’antériorité d’un état ou d’une cause.

C. Réparation par Qui et de qui ?

Qui doit demander la réparation

Il est une pratique humaine que la victime demande réparation. Comme je l’ai ci-haut mentionné le contexte est important pour parler de réparation. Il faut qu’on soit en présence de trois éléments : l’offense, la victime et l’offenseur ou le délinquant. Souvent la réparation est demandée par une personne physique ou morale voire juridique. Aux USA, les descendants d’esclave et les méridiens demandent une réparation auprès du gouvernement Americain due à l’esclavage (pour les Afro Américains) et la confiscation de leurs terres (pour les natifs Americain). Bref, les parties ont la responsabilité et les obligations sur la question de la réparation. Le consensus est une condition sine qua none.

D. Réparation où?

La réparation peut avoir lieu selon la nature de l’offense et elle est souvent déterminée par les parties. Le lieu de la réparation est consensuel. 

Si dans plusieurs cultures la victime, l’offensée détermine le lieu,les sociétés consensuelles privilégient  le consensus.

E. Réparation de quoi ?

Le quoi de la réparation varie d’un contexte à un autre. Nous avons vu précédemment qu’il est soit physique/matériel soit morale/immatérielle/ Il revêt des aspects politiques ; juridiques ; morales et spirituels. 

La nature de qui est perçu comme offense détermine le quoi de l’offense ; Nous soulignons la nature subjective de la réparation. Ce qui est perçu par une partie comme offense peut ne pas être perçu par l’autre partie surtout dans les sociétés ou la législation est on ne peut claire.

F. Réparation quand ?

Le temps de la demande de la réparation dépend des victimes. Elle peut être instantanée/simultanée ou postérieure à ce qui est perçu comme offense.

G. Réparation comment ?

Il n’y a pas une manière classique de faire la réparation surtout quand l’objet de la réparation revêt un caractère non juridique, c’est-à-dire déterminé par une législation. Ainsi ; plusieurs demandes à la réparation trainent à longueur. La plupart de réparation vu ci- haut surtout matérielle se font aux cours et tribunaux.

H. Réparation et Restauration ?

Du point de vue justice restorative/restauratrice, la réparation et la restauration sont deux étapes différentes. Plusieurs victimes préfèrent d’abord la restauration et en suite la réparation. La restauration pour plusieurs victimes signifie la ré-humanisation. 

Le respect de l’autre en tant que humain.

Conclusion

Pendant que nous encourageons la société Congolaise de demander à la Belgique de faire une réparation dont la nature reste à déterminer dans un partenariat public-privé; nous voulons aussi tirer la sonnette d’alarmes sur la complexité que soulève la demande de la réparation. Cette complexité fait que des bonnes intentions souvent sont perçues par l’offenseur comme des mauvaises raisons. 

Ceci arrive surtout quand la demande pour réparation commence à revêtir des raisons politiques ou financières couteuses.

La partie qui demande la réparation doit se  rassurer que celle-ci rencontre  un consensus national et qu’elle n’est pas faite à la va vite.

Fidèle Ayu Lumeya, Prof d’université, écrivain et chercheurs des mécanismes traditionnels Congolais des Transformations des conflits et Justice Restauration.