RDC : « Seuls les intellectuels congolais ne sont pas conscients de ce que représente leur pays en ce moment précis de l’histoire  » [Tribune de Kibambi Shintwa]

Par Edmond Izuba

Dans cette énième tribune de Kibambi Shintwa, le journaliste brandit l’écrivain Mabika Kalanda, Fondateur de l’École nationale d’administration du Congo (1960), comme le philosophe du temps moderne qui aurait préparé psychiquement bien avant les congolais. Le patron de Numérica Télévision, une chaîne de télévision privée émettant à partir de Kinshasa, regrette que 60 ans après l’indépendance de leur pays que les congolaises et congolais aient constamment un regard tourné vers leurs colons ou l’homme blanc.  Il tire la sonnette d’alarme quant aux visées sécessionnistes des ennemis du pays puissent se concrétiser en toute passivité du congolais lui-même. il propose plusieurs pistes de solutions pour bannir l’esclavagisme de cerveau, dont notamment la haine.    

Ci-dessous la tribune de Kibambi Shintwa

C’est depuis 60 ans que  notre pays n’arrive pas à décoller. 60 ans qu’il tourne  en rond. Les explications sont à chercher dans l’esclavage et la colonisation. Notre passivité devra également être mise en cause.   

Les belges avaient programmés les meilleurs d’entre nous pour n’être, que leurs auxiliaires, pas plus. Pour nous maintenir dans cet état, ils nous ont imposé des comportements que nos mémoires ont enregistrés avec soin et que nous reproduirons fidèlement de génération en génération, à leur commande. Nous avons renié notre culture, nos voleurs, sans la moindre résistance. Un travail qui a été fait avec méthode au point que nous avons fini par considérer que l’homme blanc était l’être parfait, le plus beau,  le plus intelligence, le plus grand. Les belges  nous ont appris à détester notre peau noire, nos cheveux crépus, en un mot et d’une phrase, tout ce que nous avions en propre jusqu’à notre humanité. Et pourtant, après l’indépendance, l’un d’entre nous, bien inspiré avait tenté de nous sortir de cette obscurantisme.  Mabika Kalanda d’heureuse mémoire  nous avait appelé à nous remettre en question, à nous laver le cerveau pour nous décoloniser mentalement. Lui avait compris que notre âme en avait pris un coup. Nous sommes restés sourd à une opération qui aurait pu nous aider à sortir du piège dans lequel nous étions et, sommes encore enfermés. A la place nous nous sommes embarqués  dans la folkorisation de ses principes. Erreur fatale qui a fait que jusqu’aujourd’hui, nous sommes demeurés fragiles, manipulables à souhait. Nous avons gardé le cordon ombilical, nous sommes restés aliénés. Ainsi par exemple, dans la tête du Rd-congolais, vous pouvez avoir été partout à travers le monde, si vous n’êtes pas passé par la Belgique, si vous n’avez pas fait Bruxelles, vous n’êtes allé nulle part…   Aussi longtemps que nous n’aurons pas déposé ce fardeau colonial, il nous sera extrêmement difficile de recommencer à penser par nous mêmes, à déconstruire cette aliénation qui nous colle à la peau. Eux,  ils continueront à nous tirer par le bout du nez, quelques soient nos diplômes. Devant des crises que nous avons traversées, n’a-t-on pas vus des politiques congolais parmi les plus brillants, aller pleurnicher en Bruxelles et accessoirement à Paris. Reconnaître le mal profond qui a été fait à l’âme de l’homme congolais devrait être le premier acte de notre libération. Ils nous ont présenté le champagne comme le breuvage par excellence à déguster aux grandes occasions, certains d’entre nous sont allés jusqu’à la caricature, le « sabrant » du matin au soir, signe extérieur de leur réussite sociale. C’est une vérité que nous devons accepter sans gêne ni complexe, avec courage, une maladie connue étant à moitie guérie.  

Sauf quelques rares exceptions pour justifier la règle, nous sommes donc demeurés, dans le fond de nos esprits, les mêmes hommes et les mêmes femmes que pendant la colonisation puisque cette opération de transformation, de rupture à la Mabika Kalanda n’a pas été réalisée. Tout intellectuel ou assimilé sait que parmi les poisons qu’ont bus nos pères figurent en bonne place la haine de nos semblables. Cette haine qui n’a pas cessé de monter au Katanga, avec son cortège de violence. Cette province n’a pas été citée au hasard.  Cette haine poussée à l’extrême n’a-t-elle pas été commanditée par la Belgique ? Elle  n’en serait pas à son premier coup. Quand on suit les débats sur les plateaux de télévisions, quand on lit les réseaux sociaux, quand on observe les manifestations, toujours cette haine qui continue à gonfler avec son lot de violence. Au moment où L’Amérique et la Chine se disputent la première place dans l’économie du monde, pourquoi la Belgique ne rêverait-elle pas à fomenter une petite sécession au Katanga afin de se sortir de cette crise du coronavirus sans la moindre dette comme ce fût le cas après la guerre mondiale. Cette haine qui monte pourrait donner prétextes à nos anciens colonisateurs à venir mettre de l’ordre, dans un pays qu’ils connaissent au bout des doigts. La même haine qui avait divisée les enfants de ce pays dans les années 60, ouvrant la voie à des malentendus qui débouchèrent sur la cessation Katangaise. J’en ai peur mais espère me tromper, moi qui n’ai  jamais minimisé l’épisode des drapeaux du Kivu. Ce pays est convoité de part le monde, si ce n’est pas la Belgique c’est un autre pays. Par tout le monde, il n’y a que les intellectuels congolais à ne pas   prendre les menaces au sérieux. La sagesse devrait  inviter au rétropédalage dans les propos des uns et des autres. Sinon, c’est en sortant des boites de nuit ou des veillés de prières que certains constateront que le pays ne leur appartient plus. Que ceux qui ont des oreilles pour entendre entendent.