L’Union Européenne franchit un cap décisif dans sa lutte contre le financement du conflit dans l’est de la République Démocratique du Congo. Les sanctions individuelles, dévoilées ce jour, ciblent directement le secteur minier rwandais, épicentre d’un commerce illicite qui alimente l’instabilité régionale. La raffinerie d’or de Gasabo, située à Kigali, est placée sous le coup de mesures restrictives. Cette entité, qui a pris le relais de la raffinerie Aldango en juin 2022, est accusée de jouer un rôle central dans l’extraction et le trafic de ressources naturelles en provenance de l’est de la RDC, contribuant ainsi à l’escalade des tensions.
« Le transit de l’or par la seule raffinerie d’or du Rwanda, Gasabo Gold Refinery, contribue à l’exportation illicite, via le Rwanda, de l’or extrait illégalement », assène l’UE, soulignant que la raffinerie a « exploité le conflit armé, l’instabilité ou l’insécurité en RDC ». Les sanctions ne s’arrêtent pas là. Francis Kamanzi, directeur général du Rwanda Mines, Petroleum and Gas Board (RMB), est également visé. Son « position de leader » au sein du RMB le rend « responsable d’exploiter le conflit armé », selon les termes de l’UE.
Ces sanctions interviennent dans un contexte de pression accrue sur le Rwanda. Les parlementaires européens ont déjà appelé la Commission européenne à interdire l’importation de minerais rwandais en Europe et à suspendre le mémorandum d’entente entre le Rwanda et l’UE sur les matières premières. Ils demandent également que toute coopération future soit conditionnée à l’adhésion du Rwanda à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE).
Ces mesures visent à couper les sources de financement du conflit et à mettre fin à l’impunité. Le Rwanda, accusé par Kinshasa et de nombreux rapports d’organisations internationales de soutenir le groupe armé M23, actif dans le Nord-Kivu, dément ces accusations. La Commission européenne, quant à elle, n’a pas encore réagi aux demandes des parlementaires.
Célestin Botoleande