Butembo, poumon économique du Nord-Kivu, a tourné au ralenti ce mardi 1er avril. Commerces rideaux baissés, banques en mode veille, la ville a répondu en masse à l’appel des mouvements citoyens. Le motif de cette paralysie ? Un potentiel retrait des troupes ougandaises (UPDF) de Lubero, verrou stratégique face à l’avancée du M23, annoncé le week-end dernier par le porte-parole de l’UPDF.
« Si le M23 n’a pas mis le grappin sur Butembo, c’est grâce à l’UPDF », lâche Viso, vendeur de téléphones, résumant le sentiment général. L’homme dépeint une armée congolaise prompte à « décrocher » et à se livrer au pillage, contraste frappant avec l’efficacité de leurs homologues ougandais.
Kasma Maghetsi, figure de proue de la Lucha, tempère : « Ce n’est pas un désaveu des FARDC, mais une reconnaissance des efforts conjoints ». L’activiste insiste sur la nécessité de maintenir l’UPDF à Lubero, le temps que l’armée congolaise se structure.
Face à la grogne, l’UPDF a tenté de calmer le jeu. Des meetings improvisés à Nziapanda et Furu, des assurances : « On n’a pas d’ordre de partir ». Un discours qui a porté ses fruits, les mouvements citoyens annulant leur marche de protestation prévue le lendemain.
Mais derrière ces assurances, un parfum de chantage flotte. L’UPDF, présente depuis 2021, joue un rôle clé dans la région, tant sur le plan militaire qu’économique. Butembo, débouché lucratif pour les produits ougandais, représente un enjeu majeur. Un retrait, même partiel, pourrait déstabiliser la région et impacter les intérêts ougandais.
Un analyste local décrypte : « L’Ouganda a trois fronts : les ADF, le M23 et le Rwanda, concurrent régional ». Un retrait de Lubero, c’est prendre le risque de voir le Rwanda renforcer son influence dans la zone. Un scénario que Kampala veut à tout prix éviter.
En clair, l’UPDF ne compte pas lâcher prise. Butembo, otage d’un jeu d’échecs géopolitique, retient son souffle.
Célestin Botoleande